Le Compte Personnel de Formation (CPF) connaît des transformations majeures en 2026, marquées par une revalorisation de la participation obligatoire et un recentrage stratégique sur les formations certifiantes. Ces évolutions s’inscrivent dans une volonté de France Compétences de renforcer l’efficacité du dispositif tout en maîtrisant les dépenses publiques. Découvrons ensemble les changements qui impacteront tous les salariés français souhaitant se former.
Une Participation Forfaitaire Revalorisée à 103,20€ pour 2026
La participation forfaitaire obligatoire au CPF, instaurée depuis le 2 mai 2024, fait l’objet d’une revalorisation annuelle. Pour l’année 2026, le montant a été fixé à 103,20€ par arrêté du 30 décembre 2025, soit une augmentation par rapport aux années précédentes. Cette participation, qui vise à responsabiliser les bénéficiaires dans leur démarche de formation, s’applique désormais à l’ensemble des salariés éligibles depuis le 1er janvier 2025.
Ce mécanisme de cofinancement impose aux salariés de contribuer financièrement à leur formation lorsqu’ils mobilisent leur CPF. Concrètement, ce montant de 103,20€ est directement intégré dans le coût total de la formation et doit être réglé dès l’inscription, sans possibilité de délai ou d’échelonnement de paiement. Cette mesure, introduite par le décret n°2024-394, traduit la volonté du législateur de mettre fin aux abus et de garantir un engagement réel des bénéficiaires dans leur parcours de formation.
La participation forfaitaire s’applique selon des règles précises. Si les droits accumulés sur le CPF d’un salarié sont insuffisants pour couvrir le coût total de la formation et que le reste à payer dépasse 100€, la participation obligatoire est alors prise en compte dans le financement. Par exemple, pour une formation coûtant 1 000€ alors que le salarié ne dispose que de 950€ sur son CPF, celui-ci peut mobiliser seulement 896,80€ de son compte, et le cofinancement obligatoire de 103,20€ complète le prix total.
Toutefois, le législateur a prévu plusieurs cas d’exonération pour protéger les publics les plus vulnérables et encourager certains dispositifs. Sont ainsi dispensés de cette participation forfaitaire obligatoire les demandeurs d’emploi inscrits à France Travail, qui peuvent accéder gratuitement aux formations CPF. Les salariés dont la formation fait l’objet d’un abondement de la part de l’employeur sont également exonérés, de même que ceux qui utilisent les points de leur Compte professionnel de prévention pour financer leur formation. Enfin, dans le cadre d’une reconversion professionnelle, les salariés bénéficiant d’un abondement lié à une incapacité permanente d’au moins 10% consécutive à un accident de travail ou une maladie professionnelle sont dispensés de cette contribution.
L’Exclusion des Bilans de Compétences du Catalogue CPF
L’une des mesures les plus commentées du projet de loi de finances pour 2026 concerne le retrait des bilans de compétences du dispositif CPF. Cette décision, inscrite dans l’article 81 du PLF 2026, marque un tournant significatif dans la politique de formation professionnelle française et soulève de nombreuses interrogations chez les bénéficiaires et les organismes de formation.
Le gouvernement justifie cette exclusion par plusieurs facteurs économiques et de lutte contre la fraude. Selon les données de France Compétences, les bilans de compétences représentent un coût croissant pour le dispositif CPF, avec une surreprésentation parmi les organismes concernés par des fraudes détectées depuis 2022. Cette situation a conduit les autorités à considérer que ces prestations, bien qu’utiles, ne correspondent pas à l’objectif principal de recentrage du CPF sur les actions certifiantes débouchant sur une qualification professionnelle reconnue.
Cette mesure suscite des inquiétudes légitimes concernant l’accompagnement des salariés dans leur évolution de carrière. Le bilan de compétences constituait jusqu’à présent un outil précieux permettant aux travailleurs de faire le point sur leurs aptitudes, leurs motivations et d’élaborer un projet professionnel cohérent. Son exclusion du CPF risque de limiter l’accès à cet accompagnement, notamment pour les salariés disposant de ressources financières limitées qui ne pourront plus mobiliser leurs droits à la formation pour financer cette prestation.
Face à cette suppression, les salariés souhaitant réaliser un bilan de compétences devront désormais se tourner vers d’autres sources de financement. L’employeur reste un acteur clé et peut choisir de financer ce type de prestation dans le cadre de son plan de développement des compétences. Les conseils régionaux, certaines branches professionnelles ou encore France Travail pour les demandeurs d’emploi peuvent également proposer des financements alternatifs. Néanmoins, cette nouvelle donne complexifie l’accès au bilan de compétences et risque d’en réduire significativement le nombre de bénéficiaires.
Le Recentrage Stratégique du CPF sur les Formations Certifiantes
Au-delà de la revalorisation de la participation forfaitaire et de l’exclusion des bilans de compétences, le projet de loi de finances pour 2026 introduit un recentrage ambitieux du CPF sur les formations véritablement qualifiantes. Cette réorientation répond à un constat alarmant : près de 40% des crédits mobilisés sur la plateforme MonCompteFormation financent aujourd’hui des formations non certifiantes qui ne débouchent pas sur une qualification professionnelle reconnue.
Pour remédier à cette situation, le texte introduit un plafonnement du montant des droits mobilisables pour les formations non certifiantes, sur le modèle déjà appliqué au permis de conduire ou à la validation des acquis de l’expérience (VAE). Cette mesure vise à garantir que les fonds publics consacrés à la formation professionnelle se concentrent prioritairement sur des parcours débouchant sur des certifications inscrites au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) ou au Répertoire spécifique (RS).
Cette logique de recentrage s’est déjà concrétisée avec la loi de finances pour 2025, qui a modifié l’accès au CPF pour les formations dédiées à la création et à la reprise d’entreprise. Entrée en vigueur le 16 février 2025, cette disposition impose que seules les formations débouchant sur une certification inscrite au RNCP ou au RS peuvent désormais être financées par le CPF. Les nouvelles demandes pour des formations non certifiantes ont été annulées, avec restitution des droits et d’un éventuel reste à charge aux bénéficiaires concernés.
Le CPF fait également l’objet d’importantes évolutions en matière de gouvernance et de traçabilité financière. Le décret n°2025-341 du 14 avril 2025 définit les nouvelles règles d’alimentation supplémentaire du CPF par des financeurs tiers tels que les employeurs, les branches professionnelles ou les collectivités territoriales. Ces acteurs peuvent désormais utiliser un service dématérialisé géré par la Caisse des dépôts et consignations pour verser des droits supplémentaires sur les comptes des bénéficiaires, avec la possibilité de conditionner ces versements à une utilisation ciblée et limitée dans le temps.
La modernisation du système d’information du CPF, actée par l’arrêté du 29 août 2025, élargit considérablement les données collectées et renforce le suivi des formations. Le texte intègre notamment l’enregistrement des coûts, des factures, des évaluations et de la traçabilité complète des parcours. Cette évolution vise à améliorer le pilotage public du dispositif et à détecter plus efficacement les tentatives de fraude, qui ont terni l’image du CPF ces dernières années.
Malgré ces restrictions, le CPF conserve ses fondamentaux et reste un outil puissant de développement professionnel. Le compte continue d’être alimenté à hauteur de 500€ par année de travail à temps plein, dans la limite d’un plafond de 5 000€. Les droits acquis demeurent attachés à la personne tout au long de sa vie active, y compris en cas de changement d’employeur ou de période de chômage. Les salariés peuvent toujours financer un large éventail de formations qualifiantes, l’acquisition de compétences certifiées, des accompagnements VAE, ou encore le financement du permis de conduire dans ses différentes catégories.
Ces transformations du CPF en 2026 traduisent une volonté politique claire de rationaliser les dépenses de formation professionnelle tout en renforçant leur impact sur l’employabilité des salariés. Si certaines mesures, comme l’exclusion des bilans de compétences, suscitent des interrogations légitimes, l’objectif affiché reste de concentrer les ressources publiques sur des parcours véritablement qualifiants et de lutter efficacement contre les dérives constatées ces dernières années. Pour les salariés, il devient plus que jamais essentiel de bien choisir leurs formations et de privilégier celles débouchant sur une certification reconnue, gage d’une réelle valorisation professionnelle.
